Soutenance de thèse — Thibaut Woestelandt

Soutenance de thèse

25 septembre 2026
13h30
Salle de séminaire HARTIS (A1.152), ULille, Campus Pont-de-Bois, VAscq

Soutenance de Thibaut Woestelandt, Une histoire d'un combat des chiffres, Le Monde face aux comptages des manifestants en France, 1945–2002

Jury
Matthieu de Oliveria (HARTIS, ULille), directeur de thèse
Claire Blandin (Sorbonne Paris Nord)
Olivier Fillieule (ULausanne)
Baptiste Giraud (Aix-Marseille Université)
Danielle Tartakowsky (UParis 8)
Béatrice Touchelay (HARTIS, ULille)

Résumé : Mes travaux de recherche portent sur l’histoire du comptage des manifestants de 1945 à 2002. Si le sujet fait régulièrement la une de l’actualité, les travaux de recherche dédiés s’avèrent relativement rares. On peut souligner quelques pistes de recherche explorées par Danielle Tartakowsky ou Antoine Prost du côté de l’histoire, Olivier Fillieule et Isabelle Sommier ou Émile Provendier chez les sociologues. Pour autant, l’histoire approfondie de la question n’a jamais été traitée jusque-là. Ma thèse a donc pour ambition de répondre à la problématique suivante : est-il possible d’expliquer les écarts de comptage constatés entre les chiffres provenant des forces de l’ordre et des organisateurs lors de manifestations de rue ? Dans ce cadre, la méthodologie déployée se rapproche de l’histoire quantitative critique et de la Protest event analysis. L’objectif consiste à déconstruire le chiffre pour mesurer les différents enjeux liés à sa construction, sa communication ou encore son usage dans le temps. Pour répondre à cet objectif, la thèse s’appuie en premier lieu sur un corpus d’articles du journal Le Monde. L’approche de départ de ma thèse repose sur la création d’une base de données regroupant l’ensemble des manifestations de la période pour lesquelles Le Monde propose des chiffres de comptage. Cette base de données est complétée par des archives provenant d’autres organes de presse, des services de polices ainsi que de syndicats. Pour répondre à la problématique, la thèse se divise en trois grandes parties. La première a pour objectif d’analyser l’évolution de la
publication des chiffres en eux-mêmes. Un chapitre se concentre ainsi sur la publication de l’ensemble des chiffres dans Le Monde, quand les deux suivants s’intéressent aux écarts de comptage sur deux grandes périodes qui se distinguent de par le rapport du quotidien aux chiffres : 1945 – 1970 et 1970 - 2002. Ces différentes analyses permettent de montrer une réelle évolution dans l’approche des comptages. On peut ainsi distinguer une première période des années 1940 aux années 1960 durant laquelle les chiffres sont peu publiés et les écarts généralement très importants. Une deuxième période, des années 1970 aux années 1980, marque le début d’un réel combat des chiffres qui devient systématique. Une dernière période enfin, des années 1990 à 2000, est marquée par une forme de stabilisation de ces affrontements, les chiffres devenant plus nombreux et les écarts se réduisant. La deuxième partie se focalise dès lors sur les enjeux que représente la production même du chiffre. Un premier chapitre est ainsi dédié à l’analyse d’un cas particulier qui se construit durant la période : la recherche du million de manifestants. Le deuxième est, pour sa part, dédié à l’étude de la multiplicité des méthodes de comptage déployées et à leur évolution dans le temps. La dernière partie s’intéresse enfin au devenir du chiffre. Un premier chapitre a pour objectif d’étudier la recherche de légitimité des chiffres de la part de leurs producteurs. Les forces de police, comme les organisateurs, déploient ainsi différents outils pour démontrer la crédibilité du chiffre produit à partir des années 1970. Le Monde, de son côté, commence également à proposer son propre chiffre, preuve d’un réel doute quant à la fiabilité de ceux qui lui sont transmis. Le deuxième chapitre est, pour sa part, focalisé sur le devenir du chiffre. Le Monde réutilise ainsi régulièrement des chiffres de comptage de manifestations passées dans différentes temporalités, que ce soit à court terme, moyen terme ou long terme. J’ai ainsi cherché à démontrer les différents enjeux qui découlent de ces réutilisations.