Pôle 2 – Normes, crises et transitions

Responsables : Frédérique Blaizot, Élodie Lecuppre-Desjardin

        Axe 1 : Espaces et territoires
               
Dans une chronologie longue, qui va de la Préhistoire jusqu’à l’époque contemporaine, cet axe compte appréhender les fondements des territoires (proches, lointains, mystiques, religieux, poétiques) et ce qui les anime (démographie, économie, échanges, ressources alimentaires ou non-alimentaires). Les notions d’espaces et de territoires seront également interrogées sur tous les plans, à travers plusieurs disciplines : archéologie, histoire, littérature, philosophie, anthropologie, etc. Plusieurs programmes réfléchissent ainsi simultanément à la façon dont s’élaborent, s’affirment ou se brouillent les limites et les frontières, qu’elles soient physiques, politiques, culturelles ou littéraires, rendant les espaces et les territoires susceptibles d’être investis dans des jeux d’appropriation qui sont parfois assimilés à des formes de conquêtes symboliques, en parallèle de la domination effective ou projetée. Dans le même temps, se pose la question de l’interpénétration des espaces culturels en contact. 
               La thématique de l’axe regroupe des acteurs d’une recherche pluridisciplinaire (histoire, archéologie, histoire de l’art, littérature). Leurs travaux interrogent les interactions entre les sociétés humaines et leur environnement, à savoir la manière dont elles s’approprient et redéfinissent l’espace en territoires, s’organisent en réseaux et construisent et déconstruisent leur identité. Ces restructurations successives sont abordées par des études interdisciplinaires, aux échelles régionale, européenne, méditerranéenne, proche-orientale ou africaine, envisagées sur une chronologie étendue de la Préhistoire ancienne à l’époque contemporaine. 
               Cet axe propose par ailleurs d’envisager l’espace et les territoires sous l’angle de l’environnement et du paysage dans une logique holistique permettant de documenter les interactions entre les sociétés et les différents milieux. Les études résolument interdisciplinaires convoqueront des disciplines telles que la géologie, la géomorphologie, l’archéobotanique, l’archéozoologie, la géoarchéologie et l’archéogéographie. L’approche combinée mêlant les sciences de la terre, l’archéologie et l’histoire répond aux préoccupations de l’axe 14 de la programmation nationale de la recherche archéologique. Les travaux de l’axe 1 offrent une opportunité forte pour valider des thématiques et des concepts hérités des travaux de l’archéologie préventive. Cette dernière a depuis de nombreuses années questionné l’anthropisation de milieux spécifiques (plateaux, versants, zones humides, milieu littoraux, forêts). À l’apport des sciences connexes doivent être ajoutées les opportunités offertes par la démocratisation des outils d’interprétation et de détection (SIG, lidar, géophysique).  
               Les projets déjà entrepris dans le cadre des anciennes UMR HALMA et IRHiS, notamment par l’entremise du PCR HABATA sur l’habitat à l’âge du Bronze en Hauts-de-France et du PCR Polder dans la plaine maritime flamande, mettent en évidence ces problématiques à très grande échelle. La recherche entend se déployer en programmes de recherche, recherches documentaires et fouilles archéologiques réalisés en interdisciplinarité avec des instituts spécialisés : universités, Ministère de la Culture / DRAC (tutelle), Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, établissements publics dont l’INRAP (tutelle) et le Réseau des Écoles françaises à l’étranger, collectivités territoriales et musées en local et à l’international. 
 
        Axe 2 : Temporalités, défis et transitions 

               Parce que le temps vécu et pensé constitue un paramètre essentiel des destinées humaines, appréhendé selon des cultures, des héritages, des accès à la connaissance, des ambitions, des statuts sociaux, économiques… différents, les disciplines rassemblées au sein de la nouvelle UMR (archéologie, linguistique, littérature, histoire, histoire de l’art, sciences politiques, etc.) ont ici pour but d’entamer un dialogue fructueux autour de cet objet de réflexion universel, mais dont les traductions sont ancrées dans les réalités des espaces et des époques concernés. Marqués par une conjoncture mondiale qui engage à repenser la notion de crise et ses impacts sur les sociétés, les chercheurs porteront une attention particulière aux défis et aux réponses formulées à travers la vaste chronologie qu’embrasse la nouvelle unité de recherche. La richesse des spécialités rassemblées donne l’opportunité d’ouvrir largement les champs de l’observation. Qu’il s’agisse des bouleversements épidémiologiques et plus largement environnementaux, économiques et financiers, politiques, sociaux et même artistiques, ces phases de transition plus ou moins rapides conduisent à des réactions déclinées sur une échelle des possibles, allant du conflit à la réforme, du statu quo aux mutations douces ou drastiques, de la réinterprétation d’anciens codes à l’introduction de nouveaux.  
               Si ces enjeux se répètent au fil du temps, ils s’appuient sur des cultures, des usages, des normes, des pratiques, voire des idéologies qu’ils contribuent à faire évoluer au gré des réactions qu’ils imposent. L’identification et l’analyse des réactions individuelles et collectives favorisant ou non les processus de transition, la dynamique des identités (dont la nature multiple consent à de multiples redéfinitions), ainsi que les modalités de ces processus et leur dimension culturelle seront au cœur des études menées. Les logiques de gestion publique dans l’histoire permettent par exemple de mettre en perspective les mutations des autorités politiques et leurs interrelations. Les innovations introduites et leur validation, la variabilité des réponses apportées offrent un autre champ d’investigation permettant de cibler ces moments clefs où les sociétés s’emparent de ces moments décisifs de leur histoire. En cela les temporalités vécues et imaginées, les rythmes imposés dessinent des séquences qui constitueront des paramètres essentiels pour recontextualiser la notion de défi (sociétal, politique, militaire, économique, culturel, matériel, religieux, etc.) et l’analyse de stratégies et des conséquences qui l’accompagnent à court, moyen et long terme. Les mots pour le dire invitent également à un dialogue fructueux avec les spécialistes des langues et de la rhétorique. Les modalités selon lesquelles se produisent les mutations, leur impact sur les territoires, sur la culture matérielle et les pratiques permettront d’établir de manière cohérente des passerelles avec les deux autres regroupements thématiques de l’axe, mais également avec les autres pôles de recherche.  
Les travaux de l’axe rencontreront la thématique prioritaire de l’Université de Lille consacrée aux transitions. Ils bénéficieront plus précisément de l’expérience du projet FNS-Sinergia « Capturing the Present in Northwestern Europe (1348-1648). A Cultural History of Present before the Age of Presentism » dont l’Université́ de Lille est partenaire aux côtés des universités de Lausanne et de Neuchâtel ; de l’International Network « Impact of Empire » basé à Nimègue (Radboud University) ; du projet sur la transition funéraire (conquête romaine en Gaule Belgique) dans le cadre d’un projet ERC en cours d’élaboration dirigé par Michel Reddé et Sabine Hornung (EUrSpace : étude de la formation de l’espace européen, fin du IIe siècle avant J.-C. - début du Ier siècle de notre ère) ; et du projet CPJ « EX-PATRIA : Conflits, contacts et circulations entre Rome et l’Iran dans l’Antiquité tardive ». 

         Axe 3 : Pouvoirs et institutions 
                Les questionnements contemporains sur l’évolution des démocraties occidentales incitent à repenser l’histoire des pouvoirs et des institutions, depuis les temps les plus anciens jusqu’au temps présent, dans une perspective multiscalaire. Les recherches menées dans le cadre de cet axe s’inscrivent dans la tradition lilloise sur le monde politique, ses acteurs et ses cadres, en respectant le pluralisme épistémologique qui a permis d’établir et de confirmer les principaux concepts ainsi que les notions fondamentales du champ des études politiques. Les chercheuses et chercheurs engagés dans cet axe cherchent à saisir la manière dont les institutions se transforment, s’agencent concrètement entre elles et comment elles forment, ou non, un système. Les analyses portent sur les fondements intellectuels, religieux, juridiques, militaires et culturels des pouvoirs, leurs rapports à l’économie et à la société, leurs projections allégoriques et utopiques sur les supports artistiques ou informatifs de toute nature. Ils et elles étudient aussi ces institutions par l’histoire de ceux et celles qui les font vivre au quotidien et tentent de déterminer ce qui leur permet de faire société. Enfin, le regard se portera aussi sur la manière dont les groupes et les individus se saisissent des institutions et, donc, sur les conditions pratiques de l’exercice des pouvoirs, en tenant compte des éventuelles limites et des contestations. 
                Les travaux de cet axe s’appuient sur : le programme « Indésirabilité » (CPJ) ; les programmes de recherche en cours sur le développement politique de la justice et des modèles de punition des justiciables ; le projet DemoCIS (Democracies, Citizenship and Institutions facing the transformations of public Spheres) de l’AMI SHS France 2030 auquel des chercheurs de la nouvelle UMR participent – en particulier le Laboratoire des initiatives citoyennes du passé ; le réseau de recherche Remembering Spaces of Internment (ReSI) et l’International Network « Impact of Empire » (Nimègue, Radboud University). 

         Axe 4 : Genre : identités, pratiques, représentations 
                Si la question du genre a vocation à traverser l’ensemble des pôles et des axes de l’unité de recherche, l’axe 4 du pôle 2 entend rassembler de manière dynamique celles et ceux dont les recherches, qu’elles relèvent de l’histoire, de l’histoire de l’art, de l’archéologie ou de la littérature, s’inscrivent prioritairement, ou au moins en partie, dans ce champ et sur une période allant de l’Antiquité à nos jours. Cela inclut notamment les travaux en rapport avec l’histoire des femmes, l’histoire des masculinités, l’histoire des sexualités et l’histoire du corps, appréhendés dans une perspective diachronique, interdisciplinaire et transnationale.  
                « Catégorie sociale imposée sur un corps sexué » (Joan Scott, 1988), le genre est aussi une « façon première de signifier des rapports de pouvoir ». Cet axe croise dès lors l’ensemble des problématiques liées à la domination, à la capacité à gouverner, aux inégalités socio-économiques ou aux processus de création. Il interroge aussi l’évolution des identités, pratiques et représentations genrées en contexte de crises (guerres, révolutions, périodes d’exception, transitions démocratiques, crises économiques, crises écologiques, conflits sociaux, reconfigurations sociétales), dans une perspective intersectionnelle, croisant genre, sexe, race, âge et handicap, tout en prenant en compte l’agentivité des individus, autour par exemple de la question des réseaux d’influence féminine ou de l’écoféminisme.  
Il s’agit donc ici d’abord de s’interroger sur la construction des identités de genre, que ce soit par le biais de l’éducation, notamment sexuelle, de la socialisation, par exemple au sein de la famille ou du groupe de pairs, ou des subjectivités individuelles (habillement, mise en scène de soi, mais aussi au regard des normes en vigueur, qu’elles soient le produit de discours religieux, poétiques, philosophiques ou médicaux, d’idéologies politiques, de corpus juridiques et législatifs, ou de stéréotypes sociaux. La question des minorités de sexe et de genre est ainsi au cœur de cet axe, qu’il s’agisse de l’histoire des minorités LGBTQI+ et de leur agentivité, par exemple par le biais des mouvements sociaux, mais aussi des LGBTphobies.  
La répartition des pratiques selon le genre (sphère publique/sphère privée) est aussi interrogée, par exemple dans le cadre des instances de pouvoir, de la sphère éducative, des relations socio-économiques (rôle du care), ou des mouvements artistiques. Les rapports entre les sexes au sein de la famille (mariage, procréation, contraception, avortement, ainsi que les relations intergénérationnelles (paniques morales autour de la jeunesse) sont aussi au cœur de nos recherches.  
                 Les représentations genrées, qu’elles soient mentales ou visuelles, constituent enfin une thématique majeure de l’axe, à la croisée de l’histoire culturelle, de l’histoire littéraire, de l’histoire de l’art et des cultures matérielles et visuelles. Elles recoupent la question du corps et de la santé, mais aussi l’histoire des masculinités, appréhendée aussi bien sous l’angle des identités que des sociabilités masculines. L’invisibilisation des questions de genre mais aussi de certaines catégories de la population (femmes, personnes LGBTQI+, personnes racisées) constitue enfin une dernière interrogation de l’axe, au regard en particulier de certaines périodes historiques.  
                 Les travaux de l’axe 4 du pôle 2 s’appuyent sur un certain nombre de projets et programmes en cours : le projet « Ama Mater. Regards croisés sur les maternités antiques » ; le projet « Diplonet : Powers in transition and networks in action. Diplomatic agency and social-political networking of female rulers » ; le réseau EuGeStA (European Network on Gender Studies in Antiquity) ; le groupe de recherche musi.queer ; le projet RHEAL : Recrutement, formation et caractéristiques sociales des enseignantes et enseignants de l’Académie de Lille ; le projet « Crosspoint » ULille/KU Leuven (WP1 ; Les femmes et les inégalités du genre à travers les frontières dans l’Europe du nord-ouest à la fin du Moyen Âge).